A nous d'inventer la démocratie verte !

Publié le par Verts Centre

Si la volonté majoritaire des Français s’oriente vers l’abstention (60%), il reste que le verdict des urnes s’impose à nous, et qu’il comporte une autorité supérieure à tout sondage. Les résultats inattendus et remarquables atteints par la liste Europe Ecologie (EE), avec une moyenne nationale de 16,2 % des suffrages, provoquent une manifestation de curiosité et nécessitent des explications complémentaires pour comprendre l’origine du vote.

Les électeurs, comme les électrices, affichent une propension symétrique en faveur de l’environnement, qui confirme la sensibilité paritaire de ce mouvement. En revanche, l’analyse démographique révèle une corrélation directe entre l’âge et le vote, les jeunes manifestant un enthousiasme prononcé (24 % chez les moins de 24 ans), qui ne se retrouve pas dans le vote senior (10 % au-delà de 75 ans), impliquant pour l’avenir la nécessité d’intégrer les préoccupations spécifiques à cette tranche d’âge.

La ventilation par catégories professionnelles se caractérise par une adhésion massive des professions intellectuelles, des cadres, des professions libérales (jusqu’à 30 %), au rebours des milieux plus populaires, employés et ouvriers (en moyenne 11%), souvent acquis aux autres partenaires de gauche comme le Front de gauche (FG) ou le Nouveau parti anticapitaliste (NPA). Comment ne pas signaler l’étonnante vigueur du vote vert chez les agriculteurs, avec un résultat de 13 %, créant une prise de conscience des enjeux liés à la protection du sol, des eaux, des productions ?

Différents statuts cohabitent parmi les électeurs : si le résultat atteint les 18 % dans le milieu salarié (aussi bien pour le secteur privé que la fonction publique), les professions indépendantes (artisans, commerçants, professions libérales) se montrent sensiblement intéressées par la défense de notre qualité de vie, avec un taux de 14 %. Il serait maladroit de dépeindre les écologistes en parti des bobos favorisés, puisqu’ils créent un lien très fort en milieu populaire (15 % chez les chômeurs). Ils poussent même une incursion sur des populations d’habitude plus conservatrices, emportant 22 % des votes chez les femmes au foyer !

Après la relation démographique préalablement étudiée, les analystes mettent l’accent sur une relation culturelle, corrélée au niveau d’études : les listes EE ont pu convaincre les publics plus diplômés (entre 21 et 28 % pour les diplômés du supérieur), ce qui permettait en symétrie au Front de gauche et au NPA de conserver les populations qui n’avaient pas poursuivi de cursus long (10 % pour EE).

Fait singulier, les électeurs d’EE expliquent que leur conviction s’est déterminée dans les derniers jours précédant le vote (pour 29 % d’entre eux), voire même le jour du vote (18 %). Ce caractère tardif témoigne d’une grande hésitation des Français indécis, qui ne soutenaient pas les listes de l’UMP ou du PS. Cette réaction de scepticisme s’accompagne d’un sentiment pro-européen ultra dominant ; les autres partis politiques ont attiré en fonction d’enjeux nationaux, et beaucoup moins sur l’enjeu communautaire. Il faut toujours répondre à la question posée, et ne pas mélanger les problèmes (confusion avec le scrutin présidentiel, vote sanction gouvernemental, publicité médiatique à usage personnel).

Cette dimension collégiale souligne le rejet des Français pour un système de direction unipersonnelle, car ils privilégient l’expression de la démocratie à l’intérieur des partis. L’échec du PS incombe simultanément à une conception dévoyée du pluralisme (chaque courant étant inféodé à une écurie présidentielle) et une absence de projet sur la mondialisation des échanges et la dégradation des conditions de vie, y compris les salaires. La conception du pouvoir, trop hégémonique et monomaniaque à l’UMP, exigeait un plus grand respect des opinions au sein de la mouvance EE, se déployant sur une palette arc-en-ciel de Jean-Pierre Besset à José Bové en passant par Eva Joly.

Finalement, le positionnement retenu par le MoDem avait placé cette formation sous les feux de l’actualité et le triomphe commercial d’un ouvrage imprécateur dénonçant la solitude du pouvoir. A aucune page de son prêche anti-Sarkozy, l’homme seul du MoDem ne s’appuyait sur l’action de ses collègues, de ses amis, de ses colistiers. Les Français n’ont pas vu l’intérêt de remplacer l’actuel locataire de l’Elysée par un contempteur aussi égocentré sur lui-même ! Au demeurant, ce libelle ne contient aucune idée nouvelle pour rétablir la justice dans ce pays : où sont le relèvement des bas salaires, la suppression du bouclier fiscal, la création de taxes sur les plus hauts revenus, la hausse du livret A ? Face à cette chute brutale, il aura au moins la consolation d’y avoir grandement contribué lui-même, dans les derniers jours de la campagne, dévoilant un esprit d’intolérance sous le masque d’Alceste travesti en Tartuffe, bien éloigné de sa modestie tapageuse…

La suite du parcours va nous réserver d’autres surprises. Gardons précieusement cette appétence au débat, cette vivacité d’échanges, qui ne doit pas se perdre en conflits de sous-chapelles. A nous d’inventer une démocratie verte, qui sache décider sans s’invectiver, et suivre une direction cohérente une fois les débats terminés. Nul besoin d’un homme providentiel, Daniel Cohn-Bendit l’a bien compris. Nous recherchons un fédérateur des volontés, un animateur des expressions, et un décideur de la pluralité.

Jean-Michel Renda
EE Eure et Loir

Publié dans européennes

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